Péri or not péri? That is the question!

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Régulièrement, sur les réseaux sociaux, je vois des questions à propos de la péridurale. Je n’y réponds que très rarement car avec un simple message facebook ou autre, il me semble difficile d’avoir un message très pertinent/nuancé/intéressant/… sur la question. Je vais donc y consacrer ce billet. Il ne sera pas complet mais j’espère qu’il pourra en aider certaines ! ☺

C’est quoi la péridurale ?

C’est la méthode la plus utilisée en hôpital pour soulager les vagues (mieux connues sous le vilain nom de douleur des contractions). Pour la Belgique en 2010, 70% des accouchements seraient avec péridurale. En France selon une étude du Ministère des affaires sociales et de la santé, 80% des femmes déclarent en avoir bénéficié dont 5% sans l’avoir demandée ( !).

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Eh oui, car comme avec une vague: se la prendre de front, c'est pas bon. Plongez dedans ça marche bien mieux! Et plus grande elle est et plus c'est vrai!

Concrètement, ça se passe comment quand je la demande?

Quand « la péri » (on va la rendre plus sympa avec ce petit nom ! ;) ) est demandée, un anesthésiste est appelé. Il viendra dans un délai plus ou moins long. Quand il est là, vous devez vous asseoir au bord de la table d’accouchement, le dos bien rond pour augmenter l’espace entre les vertèbres. L’anesthésiste se place alors derrière vous. De ce fait, vous ne verrez pas l’opération ni le matériel utilisé (il peut impressionner : l’aiguille mesure entre 8 et 10 cm). Après avoir désinfecté le dos, le praticien effectue une anesthésie locale à l’aide d’une fine aiguille à l’endroit où la péridurale sera posée. Vous pouvez alors ressentir une petite sensation de brûlure. Le praticien procède ensuite à l’introduction de l’aiguille dans le bas du dos, entre les troisième et quatrième vertèbres lombaires jusqu’à « l’espace péridural » (c’est-à-dire ici dans la membrane entourant la moelle épinière), puis introduit à l’intérieur un cathéter et retire l’aiguille. Le cathéter, une fois posé et fixé (car ainsi on peut éventuellement réintroduire du produit), va diffuser le produit anesthésiant, dont les effets se font ressentir dans les 15 à 20 minutes qui suivent dans la région de l’utérus et le plancher pelvien.

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Cette photo peut évoquer les aiguilles et la douleur, mais non... ce n'est pas une péridurale!

Deux techniques de péridurale sympa mais qu’on ne voit pas partout 

Le système de pompe à auto injection 

Grace à ce système, vous pouvez vous injecter vous même quand vous en ressentez le besoin, une dose de produit analgésique à l’aide d’une poire sur lequel vous appuyez. Vous pouvez ainsi doser plus faiblement le produit et ralentir les injections en fin de travail afin de ressentir le réflexe de poussée, si vous le désirez.

La péridurale ambulatoire

Elle permet, après la pose du cathéter, de se lever, de marcher et de bouger à sa guise. Mobilité qui facilite la progression du travail et l’engagement du bébé.Un système de monitorage à distance, à l’aide d’un capteur télémétrique sans fil (posé sur le ventre de la mère) permet une surveillance du bébé et des contractions.

Après ce petit tour d’horizon sur la péridural : les plus (aaaah, l'accouchement sans douleurs!) et les moins (jamais de médaille sans son revers!) !

Les avantages

  • Si elle est bien dosée, la femme continue à pouvoir bouger mais ne ressent plus de douleur.
  • Quand la douleur devient ingérable, malgré tout ce que l’on a pu faire (ou malgré » ce qui n’a pu se faire,…) la péridurale est un réel soulagement.
  • Une maman trop stressée, tétanisée, bloquée par la douleur… risque également de stopper la progression du travail. Si tel est le cas, la péridurale peut permettre à la maman de se détendre et au travail d’avancer à nouveau.
  • Par rapport à d’autres anesthésie :
    • Elle ne provoque ni nausées ni vomissements contrairement à la générale et la mère reste consciente
    • Administrée convenablement elle ne provoque pas de céphalées posturales contrairement à la rachianesthésie (à voir en fonction des produits employés)
  • D’un point de vue institutionnel les péridurales ont l’avantage de rendre les femmes plus calmes et statiques pendant le travail.
  • Du coup, la péridurale est préférée au profit des autres anesthésiants en cas de césarienne si on a le temps de la poser.

Les inconvénients 

Les « défauts »

  • La première choses à avoir en tête selon moi : la péri n’est pas toujours efficace même quand elle est administrée comme il faut !Elle n’apporte aucun soulagement de la douleur pour environ 3% des femmes (!) et 12% perçoivent un soulagement mais qui n’est pas complet (enfin, certaines se diront : c’est déjà ça !).
  • Pour faire une péridurale, il « faut » que le travail soit lancé et le col déjà un peu dilaté (mais cette notion est controversée ). Du coup, même si on fait le choix de la péridurale, on connaît la douleur des premières contractions. Le travail ne doit cependant pas être trop avancé mais a nouveau, pas de loi absolue. Au delà de 8cm, le temps que la péridurale fasse son effet… vous aurez sans doute déjà votre bébé dans les bras. Tout d’abord, il y a les contre-indications: Troubles de la coagulation, fièvre, tatouage au niveau du point de ponction interdisent le plus souvent de faire ce geste médical : à voir avec votre équipe médicale.

Viennent ensuite, les complications directes

  • Les plus fréquentes sont les céphalées liées à une brèche de la dure-mère (moins d'1 % des cas). D'autres complications, plus graves, peuvent survenir de manière très exceptionnelles (par exemple : compressions nerveuses entraînant une paralysie).
  • Elle provoque parfois une forte chute de tension qui peut mettre en danger à la fois la mère et son enfant (par effondrement du rythme cardiaque). Pour cette raison, les femmes à qui on pose une péri sont (presque ?) obligatoirement mises sous perfusion afin d’écarter le danger en permettant un retour rapide à une tension artérielle normale par réhydratation (cette réhydratation pouvant aussi mener à d’autres problèmes).
  • Chez environ une femme sur 5 ( !) la péri provoque une hausse de la température corporelle qu’on ne peut pas distinguer d’une fièvre résultant d’une infection intra utérine. Chaque fois qu’une femme a de la fièvre, son enfant est soumis a de examens qui impliquent bien souvent des piqures, des prélèvements par ponction lombaires et bien souvent une séparation temporaire du bébé et de la maman.
  • Certaines ressentent des démangeaisons après la pose.
  • Posée trop tôt (mais c’est quoi trop tôt ahaha !) elle ralentirai la dilatation, la descente du bébé et l’engagement optimal de la partie du bébé qui se présente en premier.
  • Les chances de terminer en césarienne sont plus élevées avec une péri que dans un accouchement « naturel ».
  • L’endroit ou la péri est posée est susceptible de s’infecter.
  • Les enfants dont la maman a reçu la péri sont plus souvent victimes de détresse respiratoire.
  • La mise au sein est plus difficile.
  • Très rarement (1X/5000), la péri peut causer une paralysie irréversible ou la mort maternelle. Les « complications » indirectes
  • La péri ne se pratique pas en maison de naissance ou à domicile. Si vous accouchez dans un de ces lieux, vous devez demander à être transférée si jamais vous voulez la péri finalement. En même temps, certaines y verront un point positif : elles sont moins susceptibles de « craquer », la « pression » à la péri est moins forte.
  • Certaines femmes qui ont demandées la péri n’en sont pas satisfaites car du coup elles se sentent détachées de leur corps, de ce qu’il s’y passe…
  • Une femme a qui la péridurale est posée est davantage exposée à des blessures causées par un soignant peu attentif, car elle ne ressent pas la douleur.
  • Péridurale et expulsion, c’est pas terrible : si vous l’avez eu pour le travail, il est souhaitable que pour l’expulsion, vous ne la sentiez plus ou moins. En effet le réflexe expulsif serait moins bon (ou inexistant selon les sources,…) si le dosage est trop fort. C’est important pour l’enfant car l’expulsion sera moins longue, moins violente et la mère s’expose à moins de séquelles périnéales et des risques sphinctériens.
  • Psychologiquement, c’est aussi différent : suivre son corps et se laisser aller à cette force n’a rien à voir avec des efforts que l’on nous demande de faire de manière externe. Néanmoins, alors que la poussée était décrite comme le moment le moins douloureux et le plus agréable par une majorité de femme avec la péri, il faut reconnaitre que si vous n’avez rien ressenti jusqu’alors, le contraste sera très dur si vous sentez uniquement à ce moment là. Beaucoup de femmes mal informées demandent alors une nouvelle injection. Pourtant, même si les dernières contractions sont intenses, elles durent peu de temps et vous allez bientôt pousser, ce qui va tout changer. C’est à vous d’assumer vos choix, a partir du moment ou vous avez toutes les données.
  • La péridurale entraine généralement une modification de la répartition des fluides avec pour résultat des enfants qui naissent avec un taux d’hydratation très élevé… et donc une perte de poids plus importante dans les premiers jours. Ce qui peut entrainer beaucoup de stress et des effets « boule de neige » pouvant entrainer un manque de confiance, l’échec de l’allaitement,…
  • La péridurale aurait des effets sur l’attachement. En effet, elle perturberait la production de l’ocytocine et donc l’attachement de la mère à son enfant à la naissance.
  • Comme elle perturberait l’ocytocine… elle perturberait aussi la mise au sein, la montée de lait,… l’allaitement.
  • Elle peut retarder le réflexe de succion ce qui, si la mère n’est pas bien entourée et soutenue, peut amener un arrêt précoce de l’allaitement.

Des effets difficiles à évaluer

Il y a des choses plus subtiles mais qui peuvent avoir un impact important mais difficilement identifiable. En effet, lors d’un accouchement, le corps de la femme met en œuvre tout un jeu d’hormones (et pas que). Par exemple, l’ocytocine déclenche les contractions, les douleurs qu’elles provoquent entrainent la production des endorphines qui s’ajustent, tout au long de l’accouchement à l’intensité des vagues… Intervenir dans ces mécanismes, c’est « risquer » de perturber un équilibre. Evidement, en modifier un élément peut avoir un impact difficilement mesurable directement. 

Par exemple, la péridurale va intervenir sur la douleur : vous n’allez plus secréter d’endorphine (ou peu) puisque la douleur n’est pas ressentie. Mais l'enfant en as peut être besoin? Quand on sens la douleur, on change de position pour trouver une position plus confortable... qui est celle qui fera avancer au mieux le travail. Quand on ne les sens pas... on ne sais pas s'y ajuster aussi "subtilement".

Des nuances à apporter

Bon nombre de ces éléments sont à nuancer. Pas mal de choses vont varier en fonction des produits qui sont employés, de la manière dont c’est pratiqué… et je lis très régulièrement des choses contradictoires sur la question.

Par exemple, les études sur les effets concernant l’allaitement : un effet négatif sur celui-ci est évident dans certaines mais pas dans d’autres (je ne me suis pas assez penchée là dessus pour évaluer la crédibilité de celles-ci,…). Mais dans toutes ces études, l’effet de la péridurale n’est pas mis en lien par rapport à d’autres éléments. Ce qui signifie : es-ce que ce serait la péridurale la cause directe des problèmes d’allaitement ou es ce que ce serait un effet concomitant ?

Jamais sans ma péri !/?

Es-ce que toutes les femmes redoutent à se point la douleur? Sont-elles conscientes des effets secondaires possibles de la péri? Connaissent-elles des alternatives? Sont-elles au courant qu'il y en as, et des avantages de celles-ci? Je lis souvent des témoignages de femmes regrettant de "n'avoir rien senti", d'être passées à côté de la naissance de leur enfant,... D'autres que la péri n'a pas fait d'effet/trop tard, uniquement partiellement... et que la douleur les a tétanisées.  

Il faut donc avoir d’autres cordes à son arc plutôt que de se retrouver tétaniser par une douleur que l’on pensait éviter. Bref, l'accompagnement de la doula, dans tout ce parcours, peut être d'une grande force: elle vous donne des informations, vous accompagne émotionnellement et physiquement pour que vous fassiez vos choix.

Mes conseils pour une péri réussie

  • S’informer auprès du lieu où vous allez accoucher : ce qui est possible (ambulatoire ou pas,…), comment la péridurale est-elle envisagée, quels sont les produits utilisés et quel sont les avantages/inconvénients de ce(s) produit(s) ? Quel est le taux de péridurale dans ce lieu et ce qu’ils en pensent,… Et toutes autres questions que vous auriez sur la péridurale !
  • Ensuite, pour la péri en elle même : demandez, si vous le pouvez, à ce que la dose ne soit pas trop forte afin de sentir vos sensations et notamment le réflexe de poussée. Cela permettra une naissance plus douce, plus rapide pour votre enfant et moins de dégâts sur votre périnée, notamment.
  • Préparez-vous, malgré tout, à avoir mal et a devoir gérer cette douleur (promis, j’écrirai des articles sur la question!), pour le début et la fin de l’accouchement mais aussi au cas où la péri ne marche pas sur vous, ou pas suffisamment ou bien que pour des raisons médicale de « dernière minute » on ne puisse vous en faire ! Je pense en effet que la pire des douleurs est celle auxquels nous ne sommes pas préparée. Elle peut tétaniser littéralement.

Comment se préparer si on n’en veut pas ?

  • Préparez vous à l’accompagnement des vagues (connue sous le vilain nom de contraction), une doula (mais pas que) peut vous accompagner et vous conseiller en la matière notamment avec : des massages, de l’acupuncture, la respiration,…
  • Préparez vous tout de même à, peut être, en avoir une : juste ouvrir la porte (pourquoi pas avec une doula) pour ne pas être « déçue », rester sur l’impression d’avoir « raté la naissance de son enfant »… si jamais vous la demandez.

Pour conclure: être accompagnée et informée!

L’important n’est pas selon moi de demander/ou pas la péridurale mais de faire son choix en connaissance de cause, d’avoir les cartes. Je pense donc que ce qui est déterminant dans cette question, c’est d’être accompagnée dans ce parcours afin de pouvoir prendre ses propres décisions en étant pleinement informées et que, quelque soit le scénario qui se déroule lors de la naissance de votre enfant, que vous puissiez vivre en paix avec ce qui s’est passé : voilà le souhait que je formule à toutes mes lectrices.

Je n’inviterai donc jamais quiconque à prendre ou ne pas prendre la péridurale mais plutôt à s’informer, s’entourer pour vivre sa grossesse, la naissance et les moments avec bébé en harmonie avec soi.

Pour aller plus loin

En plus de ma biblio, quelques liens vers des articles:

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